Cheikh Touré : du rêve à la tragédie
Photo de Cheikh Touré, tué par ses ravisseurs
C’est une tragédie qui suscite l’émoi et la consternation au Sénégal. Cheikh Touré, un jeune gardien de but, plein de rêve, a été kidnappé au Ghana. Puis, tué par ses ravisseurs qui l’avaient attiré dans un piège mortel, avec une promesse de test au Maroc.
Wahany Johnson SAMBOU
Il avait un avenir et un rêve : réussir dans le foot. Un destin brisé en plein vol, emportant avec lui l’espoir de toute une famille brisée à jamais. Une innocence noyée dans un déluge de promesse qui ne se réalisera finalement jamais. Cheikh Touré ne demandait qu’à vivre. Mais, des prédateurs sans scrupule en ont décidé autrement. Une tragédie sans nom.
L’assassinat du jeune gardien de but sénégalais est une tragédie innommable. Un drame que même la dignité d’une mère éplorée ne peut atténuer. S’il pouvait refaire le temps, il ne se serait jamais engagé dans cette aventure dramatique au Ghana. Le jeune homme pensait y prendre son envol vers le succès. La quête d’or aura finalement été le cimetière des rêves de ce gamin au regard innocent.
Mais, le lieu du drame nous interpelle : pourquoi passer par le Ghana pour une destination marocaine ? Tous les chemins mènent certes quelque part. Mais, il semble bien y avoir plus court pour se rendre au royaume chérifien. Car notre foot a atteint un niveau en termes de prestige et de référence que la question trouve tout son sens.
Mais, parler de la naïveté des parents reviendrait presque à culpabiliser la famille de Cheikh Touré. Or, dans des circonstances aussi terribles, il serait bien plus sage de se garder de remuer le couteau dans une plaie encore béante. On ne peut, cependant, parler de ce drame sans évoquer le côté sombre des promesses d’or que représente le foot pour les jeunes et leurs proches.
Cet exemple est un de plus : des jeunes obsédés par la vie royale que promet un contrat pro. Des parents qui ne voient que la couleur de l’argent, au point de se laisser facilement berner par le cynisme de vendeurs de rêve sans vergogne. Le sort funeste du jeune portier attire l’attention de tous sur les dangers auxquels le foot expose les jeunes joueurs. Et jusqu’où certains sont prêts à aller pour se faire de l’argent dans leur dos.
Cet tragédie nous appelle à une prise de conscience collective. Elle rappelle aux centres de formation l’impérative nécessité d’accompagner leurs pensionnaires dans la gestion de leur carrière. Bref, les outiller à faire face à la vulnérabilité de leur statut de probables futurs millionnaires et vaches à lait, pour beaucoup, de loups impitoyables. Car aussi bien les joueurs que leur entourage doivent savoir qu’au foot comme dans la vie, tout ce qui brille n’est pas or…
